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quarta-feira, 30 de abril de 2014

Le vin des amants

Aujourd'hui l'espace est splendide !
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !

Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !

Mollement balancés sur l'aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,

Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !

Charles Baudelaire.

sábado, 19 de abril de 2014

Hymne à la beauté

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?

 Charles Baudelaire

quinta-feira, 24 de maio de 2012

Hino à beleza

Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ;
    Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
    Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
    Qui font le héros lâche et l'enfant courageux. 


Conténs em teus olhos o poente e a aurora;
   Espalhas perfumes como uma noite de tempestade;
   Teus beijos são um filtro e tua boca uma ânfora
   que deixam lasso o herói e corajosa a criança. 


Baudelaire, Hino à beleza em As flores do mal.

Os paraísos artificiais


Le haschisch s'étend alors sur toute la vie comme un vernis magique ; il la colore en solennité et en éclaire toute la profondeur. Paysages dentelés, horizons fuyants, perspectives de villes blanchies par la lividité cadavéreuse de l'orage, ou illuminées par les ardeurs concentrées des soleils couchants...

O haxixe se estende então por toda a vida como um verniz mágico, ele a colore solenemente e lança luz sobre todas as profundezas. Paisagens recortadas, horizontes fugidios, perspectivas de cidades embranquecidas pela lividez cadavérica das tempestades, ou iluminadas pelos ardores concentrados dos sóis que se põem... 



Baudelaire sob o efeito do haxixe, por ele mesmo (1844).


Baudelaire, Les paradis artificiels.

domingo, 13 de maio de 2012

O gosto pelo infinito

O juste, subtil et puissant opium! Toi qui, au coeur du pauvre comme du riche, pour les blessures qui ne se cicatriseront jamais et pour  les angoisses qui induisent l'esprit en rébellion, apportes un baume adoucissante (...)

Oh justo, sutil e possante ópio! Tu que, no coracão do pobre como no do rico, para as feridas que não cicatrizarão jamais e para as angústias que induzem o espírito em rebelião, és um bálsamo doce (...)

(...) c'est pourquoi, ne considérant que la volupté immédiate, il a, sans s'inquiéter de violer les lois de sa constitution, cherché dans la science physique, dans la pharmaceutique, dans les plus grossières liqueurs, dans les parfums les plus subtils, sous tous les climats et dans tous les temps, les moyens de fuir, ne fût-ce que pour quelques heures, son habitacle de fange, et, comme dit l'auteur de Lazare: "d'emporter le Paradis d´un seul coup" Hélas! les vices de l'homme, si pleins d'horreur qu'on les suppose, contiennent les preuves (quand ce ne serait que leur infinie expansion!) de son goût de l'infini (...)


Baudelaire. Les paradis artificiels.

sexta-feira, 4 de fevereiro de 2011

Baudelaire, Vinícius e Tom

À une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une femme passa, d'une main fastueuse
    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
   
    Agile et noble, avec sa jambe de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
   
    Un éclair... Puis la nuit ! - Fugitive beauté
    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?
   
    Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard ! Jamais peut-être !
    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, 

    Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! 

 Charles Baudelaire